11 septembre 10 ans déjà

Nous avons tous gardé gravé dans la mémoire ce que nous faisions exactement au moment de l'attaque du 11 septembre 2001. Le fait de vivre en direct les tragiques évènements qui se déroulaient aux Etats Unis a transformé cette série d'attentats en une expérience de communion internationale, des humains de toute la planète ressentaient des émotions pour d'autres humains inconnus à l'autre bout du monde en train de souffrir, de mourir ou d'essayer de survivre.

Comme tout le monde j'ai moi aussi mon "11 septembre personnel". Ce jour-là nous étions en bouclage du numéro 13 de Dixième Planète à la rédaction située à Paris à deux pas de la Place de la République. Etrangement le dossier qui faisait la couverture de ce numéro était les Thunderbirds, les Sentinelles de l'air, cette série anglaise réalisée avec des marionnettes qui raconte les aventures d'une équipe de super-pompiers qui interviennent aux quatre coins de la planète pour sortir des malheureux de catastrophes naturelles, d'accidents de transports ou de sabotages dus à un fou fanatique. Plongé dans les écritures et relectures de dernière minute dans mon bureau, c'est un coup de fil de mes parents qui m'a appris qu'un accident se serait produit à New York. Ils avaient entendu à la radio "qu'un avion aurait touché un building", c'est ainsi que les toutes premières infos décrivaient la situation. Je ne fus pas surpris, me souvenant qu'un avion cargo militaire américain avait dévasté des immeubles d'habitation en Hollande plusieurs années auparavant. Mon premier réflexe fut donc de tenter de me connecter sur des webcams de New York pour avoir une vue de Manhattan en direct afin de vérifier l'exactitude de cette info. Mais les connexions tardaient à fonctionner alors je tentais de me connecter au site du World Trade Center en vain. La saturation des sites liés à New York et au WWC ne me rassura pas. Nous n'avions pas de télévision à la rédaction. En 2001 pas de Twitter, ni de Facebook et encore mois de YouTube... Mais il existait le meilleur média d'information en direct: la radio.
Je me suis donc rendu dans la salle graphique, un open-space où sont réunis les graphistes qui travaillent sans relâche sur la fabrication des différents magazines du groupe de presse, seul endroit de la société où trouver un poste de radio. Nous nous sommes vite retrouvés nombreux autour du petit poste posé sur un moniteur. C'était confirmé, un avion de ligne s'était pris de plein fouet l'une des tours du WWC et les correspondants encore pauvres en détails ne pouvaient que confirmer la présence d'une énorme et épaisse fumée qui s'élevait au dessus de Manhattan.
Durant ces moments de flou, où les infos ne donnaient rien de précis tout le monde pensait à un triste et terrible accident. Il faut savoir que les célèbres images du premier impact filmées lors d'un reportage sur les pompiers de New York par les frères Naudet furent diffusées que bien plus tard. Mais, quand en direct un journaliste annonça qu'un second avion venait de s'encastrer dans la seconde tour, mon sang se glaça. Je ne sais si c'est le fait de l'apprendre en direct (les crashs ne s'apprennent jamais ainsi) ou ce côté répétitif, inexorable -une tour, un avion, un avion une tour- qui rendait ce moment aussi cauchemardesque. On se regardait tous, incrédules. Ce n'était plus un sale coup du sort mais une attaque terroriste en règle. Ce petit poste de radio devenait le centre de toute notre attention. Les infos incomplètes parlaient aussi de Washington, de la Maison Blanche, c'était surréaliste.
Je commençais à ressentir une certaine frustration de ne pas pouvoir bosser sur ce sujet, me rappelant les flash info que je présentais en direct à la radio dix ans auparavant. Le directeur des publications, lui-même fondateur et rédacteur en chef de revues d'Histoire militaire, dans un moment digne des plus grands visionnaires qui savent reconnaitre les moments clés qui changent l'Histoire nous incita à reprendre le travail comme si de rien n'était en nous disant "allez au boulot y'a pas d'abonnés à nos revues là-bas"... Nous avons appris plus tard que l'un de nos collègues avait perdu des cousins à New York lors de l'effondrement des tours. La situation ou plutôt les situations décrites par la radio semblaient apocalyptique, les infos parfois contradictoires laissaient penser que tous les Etats Unis étaient attaqués. N'y pouvant plus je quittais l'immeuble pour me rendre au rayon télé du Darty tout proche. Je n'étais pas le seul à avoir eu cette idée dans le quartier. Au moment où je me frayais un chemin jusqu'à un écran des personnes se jetaient des fenêtres des tours jumelles et l'attaque du Pentagone était confirmée.
De retour au bureau je fis le compte-rendu à mes collègues. La situation devenait à la fois plus claire et plus inquiétante, le ciel des USA était fermé et une rumeur commençait à laisser penser que d'autres pays pouvaient être visés. Tout d'un coup, se situer à Paris devint quelque peu angoissant. Et si un avion de ligne kamikaze était en train de voler vers nous? Quelle en serait la cible? La tour Eiffel? L'Elysée? La Défense?
Heureusement cette peur n'eut pas l'occasion de se développer. Ensuite les infos manquantes arrivèrent comme l'existence du quatrième avion qui s'écrasa en Pennsylvanie car, on le sut bien plus tard, ses passagers s'étaient sacrifiés en se révoltant contre les terroristes ruinant leur sinistre objectif de foncer -sans doute- sur la Maison Blanche.
Dix ans plus tard je ressens toujours une vive émotion en repensant à ces instants, j'ai une pensée pour tous les proches des victimes et pour ces héros inconnus qui ont sauvé des vies ce jour-là.

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